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LE HALAGE A LA BRICOLE

Bien avant le ronronnement des moteurs diesel et le souffle des machines à vapeur, le silence des canaux n’était rompu que par le clapotis de l’eau et le pas lourd des hommes sur les berges. On imagine souvent de puissants chevaux de trait remorquant les péniches le long des chemins de halage. Pourtant, l'histoire de la batellerie garde l'empreinte d'une réalité bien plus rude et intime : celle où la seule force motrice était le muscle humain. Pour déplacer ces géants de bois et d'acier gorgés de marchandises, les mariniers n'avaient alors qu'un seul allié : la bricole.
Qu'est-ce que la « bricole » ?
La bricole désigne une large sangle de cuir épais ou de toile robuste, portée en bandoulière sur le torse, de l'épaule jusqu'à la hanche opposée.
 
Reliée à une longue corde accrochée au mât du bateau, elle permettait au haleur de faire corps avec l'embarcation. En se penchant fortement vers l'avant, il n'utilisait pas seulement la force de ses bras, mais tout le poids de son corps et la poussée de ses jambes pour vaincre l'immense résistance de l'eau. La largeur de la sangle permettait de mieux répartir cette pression phénoménale sur le buste pour éviter d'étouffer ou de se blesser.
Un quotidien façonné par l'effort
Aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, posséder et nourrir un cheval représentait un luxe que beaucoup de petites familles batelières ne pouvaient s'offrir. C'est ainsi que sur la berge, l'équipage entier s'attelait à la tâche. Pliés en deux face au vent, à la pluie ou au soleil couchant, hommes, femmes et enfants s'enfilaient chacun une bricole pour tirer ensemble des dizaines de tonnes de charbon, de pierres ou de grain.
Avancer relevait alors d'un art subtil : il fallait trouver le bon rythme, anticiper les pièges du courant, négocier les virages serrés des canaux et veiller à ne jamais glisser sur la terre mouillée du chemin.
L'héritage des berges
Au fil du XXᵉ siècle, l'arrivée des tracteurs de berge, puis la motorisation directe des péniches ont progressivement remisé la bricole au rang des souvenirs.
Aujourd'hui, les anciens chemins de halage sont devenus le refuge paisible des promeneurs et des cyclistes. Si le terme a désormais quitté le quotidien des canaux, il reste le symbole fort d'une époque où le commerce fluvial s'est bâti à la sueur des hommes, une bricole au torse et le regard rivé vers l'horizon.
(ext de la Vie et métiers d'autrefois)

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