Sainte Adèle et la dévotion d'Orp : Histoire, fontaine miraculeuse et pèlerinage d'automne
Chaque premier week-end d’octobre, alors que s’annonce la Saint-Michel, le village d’Orp-le-Grand renouvelle une tradition séculaire : le pèlerinage et la procession en l’honneur de sainte Adèle. Si le calendrier liturgique officiel fixe la fête de la sainte au 30 juin, c’est bien à l’aube de l’automne que le cœur religieux du village bat au rythme des festivités populaires.
Une figure mérovingienne du VIIᵉ siècle
Issue de la haute aristocratie mérovingienne de Hesbaye, Adèle (Adela) vit au VIIᵉ siècle dans l'entourage spirituel des grandes abbesses nobles de notre région, telles sainte Gertrude de Nivelles et sainte Begge.Frappée par la cécité durant sa jeunesse,la tradition rapporte qu'elle recouvra iraculeusement la vue après de ferventes prières. En signe de reconnaissance divine, elle fit vœu de chasteté et consacra son patrimoine foncier à des œuvres pieuses. Sur ses terres d'Orp, elle fonda un monastère féminin dont elle devint la première abbesse. À sa mort, vers 690-710, elle fut inhumée au sanctuaire d'Orp, qui devint rapidement un centre de dévotion actif.
Un pèlerinage en octobre ?
Si la fête liturgique de sainte Adèle se célèbre le 30 juin (date présumée de son dies natalis), la piété populaire rurale s'est déplacée au premier week-end d'octobre. Ce décalage s'explique par les contraintes du calendrier agricole d'autrefois : à la fin juin, la population paysanne était pleinement engagée dans la fenaison et la préparation des moissons. Le grand rassemblement de pèlerinage fut donc combiné avec la kermesse d'automne, dans la mouvance de la fête de saint Michel (29 septembre), moment où les travaux des champs s’apaisent.
L'âge d'or des transports et la dévotion populaire
Au XIXᵉ siècle et dans la première moitié du XXᵉ siècle, la renommée des vertus guérisseuses de sainte Adèle dépassait largement les limites du canton. Invoquée pour la guérison des maux d'yeux et des affections de la vue, la sainte attirait des foules considérables de pèlerins venus de toute la Hesbaye, du Roman Païs et du Brabant flamand. Pour acheminer ces milliers de fidèles, la Société Nationale des Chemins de Fer Vicinaux (SNCV) et la SNCB organisaient des convois spéciaux. Des affiches de l'époque témoignaient de ces « trains et autobus de pèlerinage » affrétés spécialement depuis Jodoigne, Tirlemont, Hannut ou Wavre.
La procession, la fontaine et la bénédiction des eaux
Depuis sa réorganisation sous forme de cortège historique en 1950, la procession conserve ses jalons symboliques , La châsse et les reliques sont présentées aux fidèles à travers les rues du village., la maquette de la chapelle est portée en mémoire de la fondation de l'édifice monastique primitif par l'abbesse Adèle. Le cortège s'arrête à la source sainte Adèle pour la bénédiction solennelle de l'eau. Cette tradition, qui remonte selon la mémoire locale au Moyen Âge, rappelle le lien originel entre la source vive, le miracle de la vue retrouvée et l'assainissement des eaux.Le cœur spirituel du culte demeure l'église Saint-Martin d'Orp-le-Grand. Ce joyau de l'architecture romane hesbignonne conserve sous son chœur une remarquable crypte romane à vaisseau bas, conçue au XIᵉ siècle pour abriter le tombeau de la sainte et organiser le défilé des pèlerins.
Sources historiques :Acta Sanctorum (Société des Bollandistes) : De S. Adela virgine, abbatissa Orpensi in Brabantia, Tomus VII Junii (notice hagiographique médiévale sur sainte Adèle). Jules Tarlier et Alphonse Wauters : La Belgique ancienne et moderne : Géographie et histoire des communes belges – Province de Brabant, Canton de Jodoigne, Bruxelles, 1872 (analyse détaillée d'Orp-le-Grand, du chapitre et des traditions locales). Cercle d'Histoire et d'Archéologie d'Orp-Jauche : Bulletins et monographies consacrés au patrimoine architectural d'Orp-le-Grand, à la crypte romane de l'église Saint-Martin et aux archives des pèlerinages. Le Patrimoine monumental de la Belgique :Wallonie, Vol. 2 : Brabant wallon, Arrondissement de Nivelles, Éditions Mardaga, Liège, 1998 (notice architecturale sur l'église Saint-Martin et la fontaine).(aide AI)