Les inondations au centre de Grez sont provoquées par des étranglements de la rivière au cœur même du village
1. Les inondations inédites de juillet 2021 n’ont jusqu’à présent donné lieu à aucune adaptation dans le dimensionnement des ouvrages de rétention des eaux en Wallonie. En conséquence, il n’est plus possible de dire qu’un ouvrage de rétention des eaux répondra suffisamment au besoin de sécurité des zones à protéger en matière d’inondation.
2. Le principe de rétention en amont des zones à protéger, adopté en Wallonie, ne peut pas être exclusif. Il faut aussi examiner si le lit du cours d’eau dans la zone à protéger est adapté à des pluies très importantes. Il faut pouvoir mettre en question certaines infrastructures si leur position dans ou à proximité du cours d’eau menace la sécurité des personnes et des biens.
3. L’examen du cours d’eau au centre de Grez montre que des rétrécissements importants sont la cause des inondations. Leur correction est possible, mais doit faire l’objet d’une volonté politique et d’un consensus citoyen.
DEMONSTRATION
1. En juillet 2021, le village de Grez (et toute la région, et bien d’autres localités plus éloignées) a été frappé par des pluies diluviennes. Impuissants, les Gréziens ont subi cette situation, qui n’était par ailleurs pas une première.
2. Cet épisode qui a frappé le pays (vallée de la Vesdre) est une manifestation du dérèglement climatique. Combustion d’énergies fossiles >> Accumulation de gaz à effet de serre >> Réchauffement planétaire >> Réchauffement des océans >> Plus de vapeur d’eau dans l’atmosphère >> Pluies diluviennes (entre autres). Depuis, de nombreuses catastrophes de ce type ont frappé le monde, personne ne l’ignore.
3. Les Autorités (Commune, Province) ont repris un projet déjà lancé sans succès auparavant : le construction d’une Zone d’Expansion de Crue (ZEC) sur le champ d’un agriculteur bio, à Cocrou. L’agriculteur, qui s’était déjà opposé au projet, a une fois de plus déposé un recours au Conseil d’Etat en annulation du permis délivré. Le projet de ZEC a Cocrou est de nouveau suspendu.
>> On ne peut que déplorer l'incapacité des Autorités de trouver un terrain d’entente avec l’agriculteur. Gaspillage de temps et d’argent public et résultat nul (à ce jour).
4. Privilégier le recours aux ouvrages qui retiennent les eaux en amont de la zone à protéger est le premier principe édicté par la Région wallonne dans son Référentiel sur la Gestion durable des Eaux de Pluie publié en juin 2023 :
« Définition des principes généraux de prise en compte du risque d’inondation dans le cadre de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme
Principe 1 : Retenir et infiltrer les eaux de pluie afin de limiter la production de ruissellement. »
>> Sans remettre en cause cet axe prioritaire, nous posons la question de savoir si cela exclut toute réflexion sur la traversée du cours d’eau dans la zone à protéger.
5. En juillet 2021, les quantités de précipitations enregistrées en trois jours seulement sortent TOTALEMENT des normes. L’Institut Royal Météorologique (IRM) publie depuis 1833 des statistiques de pluviosité, lesquelles servent aux bureaux d’étude pour dimensionner les ouvrages de rétention des eaux. La Région wallonne a publié un Guide technique intitulé « Dimensionnement d’un ouvrage de rétention/infiltration ». Ce guide technique indique aux bureaux d’études chargés d’une telle mission comment ils doivent tenir compte, entre autres, des statistiques de l’IRM. Ce « cadrage » évite les surdimensionnements ou sous dimensionnements non souhaités. Il a été revu en 2023. Ce guide comprend un nouveau paragraphe (par 1.9) :
"Le changement de climat
(…) Les statistiques sont réalisées sur base des événements passés. Il n’y a donc actuellement pas de prise en compte explicite du changement de climat (événements futurs). Les recherches sont cependant en cours et leurs résultats seront intégrés via la mise à jour continue de l’outil."
>> Non seulement, les données statistiques de l’IRM ne sont plus utilisables pour dimensionner des ouvrages de rétention des eaux en fonction des précipitations futures, mais la Région wallonne reconnait qu’elle n’a actuellement pas d’alternative… Or, records de chaleur et de précipitations se succèdent d'année en année…
6. De fait, les études de différents bureaux réalisées depuis plusieurs années et communiquées dans le cadre de l’enquête publique sur la ZEC de Cocrou ne tiennent pas compte explicitement des événements météorologiques de juillet 2021. En conséquence, et même si l’utilité d’un ouvrage de rétention des eaux en amont de Grez n’est pas remise en question, il n’est pas possible d’affirmer qu’il soit dimensionné de façon suffisante. Il faut également tenir compte de l’érosion accélérée des terres agricoles. Le bassin versant de la ZEC de Cocrou compte 1482 ha de terres agricoles et quelques bosquets. La Région wallonne évalue à 8,5t/ha/an les quantités de terre érodées sur terres de culture, sur la période 2017-2021. Le remplissage de la ZEC de Cocrou sera plus rapide qu’annoncé et le curage plus fréquent.
>> Ces différents éléments devraient nous encourager à garder notre attention éveillée sur d’autres pistes éventuellement complémentaires, voire alternatives à la ZEC de Cocrou.
7. L’OBSERVATION DU TRAIN,
EN AVAL DU CONFLUENT TRAIN-PIETREBAIS
Nous avons examiné le cours du Train, à partir de son entrée dans le village de Grez, au confluent du Train et du ruisseau le Piétrebais, jusqu’à sa sortie du village, quelques dizaines de mètres en aval du pont de la rue du Lambais. Cela fait un peu plus de 1000 m de cours d’eau.
7.1 LE GOULOT AU CENTRE DE GREZ
Une première réflexion concerne la section (120m) entre le pont de la Rue de la Barre et le pont de la chaussée de Jodoigne.
Le pont de la rue de la Barre est un des quatre ponts en pierres de Grez. Ces quatre ponts présentent une allure et des dimensions comparables. Leurs dimensions sont généreuses et nous faisons l’hypothèse, sauf avis contraire d’experts, qu’ils sont suffisants pour laisser passer la rivière en crue.
Par contre, en aval du pont de la rue de la Barre, le cours du Train affronte une succession non négligeable de rétrécissements*.
(texte et photo : Grez au courant)