LE RHABILLAGE DE LA MEULE
Le rhabillage de la meule : le geste précis du meunier
Autrefois, le moulin résonnait régulièrement d'un tintement métallique bien particulier. Ce bruit signalait que le meunier était installé sur sa meule pour la « piquer » ou la « rhabiller ». Au fil des jours, le frottement incessant du grain polissait la pierre. Devenue trop lisse, elle ne moulait plus le blé : elle l'écrasait et chauffait la farine, ce qui en altérait la qualité.
Pour y remédier, le meunier devait redonner du mordant à la roche toutes les semaines ou toutes les deux semaines. Après avoir soulevé la lourde meule supérieure à l'aide d'une potence, il s'asseyait à même la pierre. Armé de ses marteaux en acier trempé les repiquoirs ou les ognettes, il frappait la surface d'un geste vif et d'une régularité métronomique.
Ce travail exigeait une précision d'orfèvre. Il s'agissait de creuser à nouveau les rayons, ces rainures qui acheminent le grain, tout en parsemant la pierre de fines alvéoles. Un meunier habile parvenait à tracer plus de dix lignes par centimètre sans jamais fendre la roche.
C'était pourtant une tâche aussi pénible que dangereuse. Assis des heures durant dans une posture inconfortable, le meunier respirait une poussière de pierre toxique pour ses poumons. Les éclats de silex qui sautaient au visage venaient se loger sous la peau de ses mains, y laissant des traces bleutées. Ces tatouages involontaires restaient à jamais la marque de son savoir-faire et de sa rudesse au travail.
(source Vie d'Autrefois)