Les offrandes des rois mages et et la question des monnaies arabo-musulmanes sur les verrières du XIIIe siècle de Chartres
Jacques de Voragine (vers 1228-1298), archevêque et chroniqueur italien, raconte dans son célèbre ouvrage, La Légende dorée, l'arrivée de ces mages à Bethléem : « Après être entrés dans la petite demeure et avoir vu l'enfant avec la mère, ils s'agenouillèrent et, l'un après l'autre, ils lui offrirent leurs présents : l'or, l'encens et la myrrhe. »
Ce sont d'ailleurs ces trois présents qui, vraisemblablement, auraient fixé le nombre des mages à trois. Après leur avoir donné des noms, la tradition précise qu'ils représentent les trois âges de la vie à partir du XIIe siècle. Le premier, Melchior, était un vieillard à cheveux blancs et à la longue barbe ; le second, Balthazar, barbu, représentait l'âge adulte ; le troisième, Gaspard, était jeune et imberbe.
(Ce n'est qu'au XVe siècle que l'on fait venir les mages des trois continents connus : Melchior à la peau blanche représente l'Europe, Balthazar à la peau noire l'Afrique, Gaspard à la peau "rouge", l'Asie.)
(Ce n'est qu'au XVe siècle que l'on fait venir les mages des trois continents connus : Melchior à la peau blanche représente l'Europe, Balthazar à la peau noire l'Afrique, Gaspard à la peau "rouge", l'Asie.)
Plus loin, Jacques de Voragine continue en s'interrogeant sur la symbolique de ces offrandes : « Les raisons en sont nombreuses... L'or convient au tribut, l'encens (substance résineuse aromatique qui brûle en répandant une odeur pénétrante) au sacrifice, la myrrhe (gomme-résine aromatique fournie par le balsamier qui servait à embaumer les morts dans l'Antiquité ) à la sépulture des morts. Par ces trois présents furent proclamés dans le Christ, la puissance royale, la majesté divine et la mortalité humaine."
Or, sur la verrière centrale de la cathédrale de Chartres, l'Enfance et la Vie du Christ, chacun des Mages apporte une pièce d'or. Pour comprendre cette représentation, il faut se référer alors à l'évangile apocryphe du Pseudo-Matthieu.
En outre, ce ne sont pas de simples disques "simulant des lettres arabes", mais de véritables dinars arabes, et plus exactement des dinars Almoravides de la première moitié du XIIe siècle frappés en Espagne, ce qui correspond à la date de la réalisation de cette verrière.
La première pièce tenue par Melchior, cassée puis mal remontée, et la seconde par Balthazar présentent sans conteste sur l'avers des caractères arabes que l'on peut déchiffrer, même s'ils ont été reproduits à l'envers, comme s'ils avaient été lus dans un miroir.
Il semblerait donc que le même dinar ait servi de modèle pour les trois pièces représentées.
Les "patrons" des maîtres-verriers
On sait qu'au Moyen Âge, le maître verrier traçait à la mine de plomb sur une grande table en bois blanchie à la chaux le dessin exact à exécuter et à grandeur du vitrail ; on a eu la chance de découvrir une table de ce type datant du XIVe siècle dans la cathédrale de Gérone en Espagne.
Dès le XIIe siècle, on utilisait des "patrons", c'est-à-dire les mêmes dessins pour plusieurs panneaux. Le moine allemand Théophile (1070-1125), auteur du Schedula diversum artium, décrivait avec précision ces méthodes dans son ouvrage consacré aux techniques de l'art, dont l'art du vitrail. Ce procédé a certainement été utilisé pour reproduire les trois pièces.
Dès le XIIe siècle, on utilisait des "patrons", c'est-à-dire les mêmes dessins pour plusieurs panneaux. Le moine allemand Théophile (1070-1125), auteur du Schedula diversum artium, décrivait avec précision ces méthodes dans son ouvrage consacré aux techniques de l'art, dont l'art du vitrail. Ce procédé a certainement été utilisé pour reproduire les trois pièces.
Au moment où les vitraux de Chartres sont réalisés (vers 1205–1240), l’Occident ne frappe presque plus d’or. L’or qui circule vient d’Afrique de l’Ouest via les routes transsahariennes, du monde musulman (dinar omeyyade, puis abbasside, puis fatimide).
Pour un artiste médiéval, une pièce d’or “réaliste” est donc une pièce musulmane.
Ainsi, représenter les Mages offrant des dinars, c’est simplement représenter de l’or véritable, tel qu’on le connaissait. Les artistes chartrains utilisent des modèles de monnaies qu’ils connaissent : l’or du monde musulman, seul or véritable en circulation.
Les motifs “arabes” ne sont pas une profession de foi islamique, mais une stylisation de monnaies orientales.
(source Entre médiéval et renaissance FB)