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QUAND LA HOTTE ETAIT UTILE

Le portage à la hotte
Dans nos campagnes, avant l'arrivée des poussettes et des chemins asphaltés, la hotte de dos n'avait rien d'un objet pittoresque. C'était un outil de travail brut, indispensable à la survie quotidienne. Pour une femme du peuple, le portage de l'enfant ne relevait pas d'un choix éducatif ou d'une promenade contemplative : il s'agissait d'aligner les gestes de la journée couper le bois, ramasser les tubercules, porter l'eau sans abandonner le petit à lui-même.
 
Fabriquée par le vannier du canton ou façonnée à la maison pendant l'hiver, la hotte reposait sur une structure en bois fendu, le plus souvent du châtaignier ou du noisetier, choisi pour sa rigidité incassable et sa résistance à l'humidité. Le corps du panier était tressé en osier vert ou brut des brins de saule non écorcés, plus rustique, plus lourd, mais infiniment plus solide que l'osier blanc décoratif. Le fond, plat et renforcé par des lattes de bois croisées, offrait une surface stable où l'enfant pouvait se tenir debout, calé par la hauteur des parois tressées qui lui arrivaient au niveau du torse.
Pour la porteuse, le poids de l'enfant s'ajoutait à la fatigue du corps. Les sangles, taillées dans du cuir de vachette épais ou tressées dans du chanvre rude, sciaient les épaules malgré les morceaux de chiffon usé ou de laine glissés dessous pour amortir la pression. Le centre de gravité étant déporté vers l'arrière, la marche imposait de pencher le buste en avant, le pas lourd, appuyé sur le sol.
À l'intérieur de la cage d'osier, l'enfant subissait chaque à-coup de la marche et les secousses du terrain. Mais placé à cette hauteur, il échappait à la poussière du sol, aux piqûres des insectes et aux bêtes. Surtout, il était aux premières loges du travail des adultes : il voyait les mains de sa mère s'activer, entendait son souffle court et apprenait, par simple imprégnation, le rythme de la vie rurale.
 
L'eau du puits et la bassine en zinc
Après dix heures à trimer, la hotte posée par terre ne signait pas la fin du travail. Les épaules encrassées de sueur, la corde des sangles encore imprimée dans la chair, il fallait aller droit au puits. On faisait tourner la manivelle de fer, le seau montait en raclant la pierre mouillée, et on le vidait dans la grande bassine en acier, installée à l'intérieur de la maison, sur le sol du foyer.
On attrapait le petit par sous les bras pour le sortir de sa cage d'osier. Ses jambes étaient moites, collées par la poussière des chemins et la crasse de la journée. On le descendait doucement pour l'asseoir au fond de la bassine d'acier. L'eau fraîche glissait sur sa peau et lui tirait un petit frisson au premier contact. Pas de savon parfumé ni de serviette douce : un morceau de savon de Marseille jaune, dur comme du bois, qu'on frottait sur un vieux bout de toile à sac.
On nettoyait énergiquement. Le visage, le cou où la poussière s'était logée dans les plis, les genoux gris de terre. Le petit gigotait, l'eau giclait sur la pièce, mais le geste devait être vite fait pour ne pas qu'il attrape froid. En deux minutes, l'eau devenait grise et opaque. On le hissait hors de la bassine d'acier, un coup de chiffon rêche pour l'essuyer brusquement, et c'était fini. Le petit était propre, prêt pour la soupe, et la journée pouvait enfin s'éteindre.
(ext La vie et les métiers d'autrefois)

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