LE GENERAL PRIOUX ET LA BATAILLE DE LA PETITE GETTE
Sorti de Saint-Cyr dans la cavalerie, René Prioux est un officier brillant qui a combattu durant la Première Guerre mondiale.
Durant l'entre-deux-guerres, il comprend très vite que l'avenir de la cavalerie ne réside plus dans le cheval, mais dans le moteur.
Il devient l'un des artisans de la mécanisation de l'armée française. Contrairement à d'autres généraux plus conservateurs, Prioux croit au potentiel des divisions blindées rapides (les DLM, Divisions Légères Mécaniques). En 1939, à la mobilisation, sa réputation d'expert en guerre de mouvement en fait le candidat naturel pour commander le puissant Corps de Cavalerie.
Son rôle exact durant la Campagne de Belgique (10 - 29 mai 1940)
Le rôle de Prioux en Belgique peut se résumer en trois phases critiques : la course en avant, le bouclier sacrificiel en Hesbaye, et le sauvetage final vers Dunkerque.
Dès le lancement de l'offensive allemande le 10 mai, Prioux applique le Plan Dyle. Ses blindés foncent à travers la frontière belge. Sa mission est d'établir un "rideau" protecteur en avant de la ligne de défense principale alliée (qui doit s'établir sur la Dyle et la trouée de Gembloux).
Arrivé sur place le 11 mai, Prioux est pris d'un terrible doute. Il constate que les fortifications belges prévues sont quasi inexistantes et que l'armée belge est déjà en retraite. Il a le courage d'envoyer un télégramme à son supérieur (le général Billotte) pour demander l'abandon du plan Dyle, jugeant la position trop dangereuse. Le commandement suprême refuse : Prioux doit tenir, coûte que coûte.
Le bouclier de Hannut et de la Petite Gette (12 - 14 mai)
Acceptant les ordres, Prioux déploie ses deux divisions (2e et 3e DLM) sur un front de près de 40 kilomètres en Hesbaye. Face à lui déferlent les chars du général allemand Hoeppner.
Le choc de Hannut (12-13 mai 1940)
Prioux ordonne une défense linéaire agressive. Ses Somua S35 infligent de lourdes pertes aux Panzer. C'est un succès tactique initial, mais le manque de liaisons radio et l'épuisement des munitions l'obligent à planifier un repli.
L'arrêt sur la Petite Gette (13-14 mai 1940)
Il replie ses troupes derrière la Petite Gette (Jandrain, Jauche, Orp). Prioux coordonne une résistance acharnée. En bloquant les Allemands pendant ces 48 heures cruciales, il remplit à 100 % sa mission : la 1ère Armée française a eu le temps de s'installer à Gembloux.
La retraite ordonnée (15 mai 1940)
Son Corps de Cavalerie ayant perdu une grande partie de son potentiel offensif mais ayant sauvé le dispositif allié, Prioux replie ses survivants derrière la ligne principale.
Le commandement de la 1ère Armée et la capture (15 - 29 mai)
Le rôle de Prioux ne s'arrête pas en Hesbaye. Le 25 mai, suite à la mort accidentelle du général Billotte, Prioux est nommé à la tête de la 1ère Armée française.
La situation est alors désespérée : les armées alliées sont encerclées dans la poche de Dunkerque. Prioux prend une décision tragique mais héroïque : il sacrifie le reste de ses troupes à Lille et dans les environs pour protéger le rempart sud de la poche. Ce sacrifice permettra l'évacuation de plus de 330 000 soldats britanniques et français à Dunkerque (l'Opération Dynamo). Le 29 mai 1940, refusant d'abandonner ses hommes, le Général Prioux est fait prisonnier par les Allemands à son quartier général près de Lille.
Ce qu'il faut retenir pour votre article : Le Général Prioux n'a pas été vaincu par manque de compétence, mais par l'effondrement global de la stratégie française. En Hesbaye, sur la Petite Gette, il a mené une guerre de retardement parfaite. Sans son action et le sacrifice de ses cavaliers à Jandrain et Jauche, la ligne défensive de Gembloux aurait été enfoncée dès le premier jour, et le rempart de Dunkerque n'aurait probablement jamais pu être tenu. C'est un chef militaire hautement respecté par ses hommes pour son calme et son sens du devoir.
Jean Flamme
(sources : Souvenirs de guerre 1939-1943 (Flammarion 1947) photo : mei 1940 internet)