Il y a un an, nous publiions une analyse du rapport d’activités du service urbanisme sous le titre « Un service sous pression, une vision à clarifier ». Le rapport 2025, présenté au Conseil du 27 avril, confirme nos inquiétudes — et y ajoute des éléments nouveaux.
Ce que disent les chiffres
Le service urbanisme a traité 129 dossiers en 2025 contre 79 en 2024, soit une hausse de 63 % en une année. Dans le même temps, il a dû former trois nouveaux agents, absorber les conséquences de la cyberattaque du Service public de Wallonie d’avril 2025, et organiser le renouvellement de la Commission consultative communale d’Aménagement du Territoire et de Mobilité (CCATM), qui a pris quatorze mois.
Conséquence : la CCATM ne s’est réunie que deux fois en 2025. Pour l’instance censée porter l’avis citoyen sur les projets urbanistiques, c’est peu — à un moment où les décisions structurantes s’accumulent.
Ce que le rapport ne dit pas
Comme l’an passé, le rapport intrigue par ses omissions : aucune ventilation des permis par village, alors que la pression se concentre sur Hamme-Mille ; aucun chiffre sur les recours, dont le rapport reconnaît pourtant qu’ils ont « fortement augmenté » ; aucun indicateur de délai, aucune donnée budgétaire, aucun historique.
Sans tableau de bord, aucun pilotage stratégique n’est possible — ni par l’administration, ni par le Conseil, ni par les citoyens. Cette lacune n’est pas imputable aux agents qui font tourner le service. Elle relève d’une responsabilité politique : définir les indicateurs que l’on souhaite suivre.
Le calendrier qui inquiète
Le 27 janvier 2025, le Conseil a pris deux décisions structurantes : réviser le Schéma de Développement Communal (SDC, datant de 2006) et abroger le Guide Communal d’Urbanisme (GCU).
La première réunion du marché d’étude du nouveau SDC s’est tenue en novembre 2025. Une révision globale prend trois à cinq ans : nous aurons un outil opérationnel vers 2029, plus vraisemblablement 2030.
Entre-temps, le GCU est abrogé. Pendant toute cette période transitoire, la commune se retrouve sans guide spécifique, avec pour seules références le Schéma de Développement du Territoire régional et les avis ponctuels d’une CCATM à peine réactivée.
C’est dans cette fenêtre de plusieurs années que se dessineront durablement Hamme-Mille et les autres villages.
Et pendant ce temps, sur Facebook : un slogan, trois démentis
Quelques jours après le Conseil communal, la commune a publié sur sa page Facebook une présentation de ce même rapport, sous le slogan « Préserver le caractère rural de la commune et accompagner son développement ». La Bourgmestre y évoque un travail « fondamental pour préserver l’identité rurale de Beauvechain tout en accompagnant son évolution ».
Le slogan est élégant. Trois dossiers récents l’éclairent autrement.
Boiron. Le terrain est classé en site de grand intérêt biologique (SGIB). La Direction juridique, des Recours et du Contentieux du Service public de Wallonie a recommandé sans équivoque le refus du permis. Selon cette administration régionale spécialisée, « le projet compromet la préservation du caractère rural traditionnel existant, qui constitue un objectif essentiel d’aménagement du territoire et d’urbanisme contenu tant dans le schéma de développement communal que dans le guide communal d’urbanisme pour l’agglomération villageoise de Beauvechain ». Ce sont, mot pour mot, les mots du slogan d’aujourd’hui. Le Collège, lui, a écrit dans sa propre délibération du 27 avril 2021 qu’il « ne saurait suivre l’avis du Fonctionnaire délégué » et que « le classement d’une parcelle en site de grand intérêt biologique ne saurait impliquer une interdiction d’urbaniser ». Il a ensuite défendu le projet en recours.
C2C Home Concept. La commune a soutenu un projet d’urbanisation portant en partie sur un site de grand intérêt écologique qu’elle avait elle-même défini comme tel.
TAMET. Le projet d’urbanisme le plus emblématique en cours sur la commune — environ 130 logements à Hamme-Mille, sur un site de grand intérêt biologique (SGIB n°3493). Dans une note signée seule par la Bourgmestre, et qui n’a pas fait l’objet d’une délibération du Collège, la commune s’est opposée systématiquement à tous les arguments de préservation : à la défense de l’espace naturel protégé et des espèces protégées qui y vivent — dont 80 % seront détruites par le projet ; aux conditions visant à sécuriser le centre de Hamme-Mille contre les inondations ; et aux remarques des associations de riverains sur l’impact du projet pour le caractère rural de notre commune.
Trois dossiers, trois sites protégés, une même direction prise par le Collège. Quand l’administration régionale spécialisée écrit, mot pour mot, le contraire de ce que la commune affiche aujourd’hui sur Facebook — et quand les actes posés par le Collège tranchent à chaque fois dans le sens du projet plutôt que dans celui de la préservation — le slogan ne tient plus tout seul. Il se confronte aux décisions, aux délibérations, et aux signatures.
Notre proposition : un Schéma d’Orientation Locale pour Hamme-Mille
Le Code du Développement Territorial prévoit un outil adapté : le Schéma d’Orientation Locale (SOL). Il permet d’encadrer le développement d’un secteur délimité, avec des effets opposables aux permis, dans un délai de douze à vingt-quatre mois — deux à trois fois plus rapide qu’un SDC complet.
Un SOL pour Hamme-Mille serait cohérent avec la position de centralité que lui reconnaît le Schéma de Développement du Territoire. Il ne s’agit pas de bloquer le développement, mais de garantir qu’il se fasse selon une vision plutôt qu’au fil des dossiers privés — et d’aligner enfin les actes sur les mots.
Trois demandes
- Un SOL pour Hamme-Mille, dès 2026, sans attendre le nouveau SDC.
- Un moratoire ciblé sur les grands projets à Hamme-Mille pendant l’élaboration du SOL.
- La publication trimestrielle d’un tableau de bord du service urbanisme, incluant le nombre de permis par village, les délais, les recours et les moyens affectés.
Un an après notre première analyse, les tensions se sont aggravées. Il est temps que la commune choisisse entre piloter ou se laisser piloter — et entre communiquer la préservation ou la pratiquer.