Grâce à la ténacité des Hamme-Millois, le sentier 24 est resté communal et le restera à jamais.
Il y a deux façons d'aborder la problématique du sentier 24,
Soit craindre, à juste titre, qu'il soit déplacé ou même supprimé. A juste titre car les autorités communales ont aliéné ou fermé les yeux sur la disparition ou le risque de disparition de plusieurs pièces magistrales de notre patrimoine tant public que privé : Cures de L'Ecluse, de Nodebais, Cascade des Claines, Maison Goosse etc.
Craindre donc que l'intérêt privé ne supplante l'intérêt général.
Soit démontrer sur le terrain la valeur inestimable de ce sentier au point de vue historique, didactique, touristique et patrimonial afin que les participants à cette ballade s'en rendent compte à travers leurs pas, leurs yeux et leurs souvenirs.
Les deux approches sont parfaitement compatibles.
Avec mon groupe de 8 personnes, j'ai choisi la seconde approche.
" Avant l'An mille, le site qui allait devenir Hamme-Mille est recouvert d'une forêt très étendue. Seules quelques cahutes sont parsemées le long de la rivière qui n'est qu'un lacet de méandres.
Les habitants sont peu romanisés, pour la plupart païens et sont toujours près de leurs racines celtes et gauloises.
En l'An 2.000, lors des travaux de terrassement pour la RN 25 à Bossut-Gottechain, un cimetière mérovingien est découvert. Des corps y furent enterré entre l'An 600 et 900. La forêt s'étendait jusque là.
A l'approche de l'An mil, les terres appartenaient déjà à de petits seigneurs locaux.
La puissance de l'Eglise devient incontournable. En 990, le Seigneur des deux Néthen vend sa terre et son titre au Châpitre de Saint Jean l'Evangéliste en Liège.
Depuis le 9ème siècle Tourinnes et Beauvechain appartiennent à la Principauté de Liège. M'lin (Mille) en dépend au plan spirituel.
Hamme appartient désormais à l'abbaye bénédictine Saint-Nicaise de Reims. Le bois Saint-Nicaise situé sur le versant de la vallée en est un témoin.
L'Ordre des moines cisterciens est fondé à Cîteaux (Bourgogne) et recommande l'implantation et le rayonnement d'abbayes jusque chez nous.
La Ramée - 1214- et Florival - 1218- pour ne citer que les plus proches.
Afin de plonger ses moines et ses moniales dans le dénuement le plus complet, l'Ordre recommande l'implantation des futures abbayes dans les endroits les plus hostiles, les plus inhospitaliers qu'il nomme "Déserts".
Notons que le "Saint désert des carmes déchaussés de Néthen" ne sera institué qu'en 1650.
Survient la légende. Henri II, Duc de Brabant, fait le voeu de bâtir une abbaye si Dieu lui donne un héritier mâle. Son voeu est exaucé et Val-Duc est érigée vers 1230. Elle sera occupée par des moniales, des bèguines comme on dit chez nous.
Sa proximité, sa prospérité et sa sécurité permet de développer un petit bourg au niveau du chemin d'Hamme (vieux chemin de Louvain) et du lieu-dit "Plein".
La ville de référence est Louvain mais il faut traverser la forêt, un vrai coupe-gorge, remplie de brigands, de sorcières, de "djëpsënes" et de sortilèges.
Depuis toujours, les gens suivent la rivière comme repaire, malgré la gadoue et les terres inondées. Ils se rendent en droite ligne vers les fermes qui viennent d'émerger grâce aux abbayes.
Les fermes dépendant de Valducq se trouvent au Wez, au "Grand Royal", à Grez, mais surtout à M'lin, la toujours bien vivante Ferme dè Roya - Ferme Meulemans.
M'lin n'a jamais connu les guerres, ne dit-on pas "A M'lin, tout contint", les fermes y sont nombreuses.
L'abbaye emploie beaucoup de personnel et les fermes aussi.
Innombrables sont les gens de Néthen, d'Hamme et du Pays flamand qui s'y rendent en toute sécurité...par ce sentier, cette pied-sente, cette pissinte.
La "Route Royale" qui traverse Tourinnes ("Conéje-vôye"), puis M'lin en direction de Blanden et Louvain devient un axe sûr pour contourner la forêt.
Valducq construit son moulin en 1431. Elle rachète la terre de Ham et le titre de Seigneur à l'abbaye St-Nicaise de Reims.
Le choix du site pour bâtir la chapelle St Corneille en 1460 n'est pas un hasard. La proximité de fermes et d'une abbaye florissante et sûre, le long de cette route royale toute aussi sûre l'ont favorisé.
Tout ceci explique pourquoi un sentier communal traverse un domaine religieux aujourd'hui privé et qu'il doit rester en l'état au sein du giron communal. Le détourner ne fut-ce que d'un mètre, serait un affront à l'Histoire.
A Valducq, tout y est remarquable. Je retiendrai deux éléments extraordinaires,
- Le pilori de la Valducq, caché depuis des siècles dans le bois de l'abbaye. Il fit l'objet d'un don à la Commune de Beauvechain par la famille Plater-Zyberg à la vente du domaine en 2014 et avec l'accord, je pense, du nouveau propriétaire. Il trône aujourd'hui au milieu de la Place Communale.
- Le légendaire "If de Charles-Quint" qui fut planté en 1232 sous lequel Charles joua en 1504.
Pour nos enfants, pour notre village, pour la postérité, empruntez ce sentier et imprégniez-vous de son histoire et de sa beauté.
La politique avec un petit "p" n'a rien à voir avec un tel témoin de notre histoire. Il est réservé au seul grand "P" qui vaille, celui de notre Patrimoine villageois.
Merci à Emmanuel Mertens.
Références historiques, Joseph Tordoir CHA de Wavre, Joseph Schayès "Les sentiers de l'histoire à Beauvechain et environs", Marcel François manuscrit non édité... respect à eux.
(il s'agit ici d'un article de Claude Snaps Publié le 17 décembre 2024)