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Symbolique du bois au Moyen Âge,

Pour la culture médiévale, le bois est d'abord une matière vivante. A ce titre elle s'oppose souvent à ces deux matières mortes que sont la pierre et le métal, et dans la plupart des échelles de valeurs concernant la symbolique des matériaux, le bois l'emporte et sur la pierre et sur le métal. Il est certes moins résistant mais il est plus pur, plus noble et surtout plus proche de l'homme : il vit et il meurt, il a des maladies et des défauts, il est fortement individualisé.
Déjà Albert le Grand, au XIIIe siècle, note que l'on peut observer ses noeuds et ses anomalies de croissance, ses fentes et ses piqûres ; comme l'être humain, il peut souffrir, pourrir ou être blessé ; comme lui il peut être infesté de vers. Plusieurs métaphores latines médiévales comparent la chair de l'arbre à la chair de l'homme et quelques auteurs soulignent le caractère anthropomorphe non seulement de l'arbre, mais aussi du bois, matériau qui comme l'homme possède des veines et des "humeurs" (humores), qui s'anime par des montées de sève, qui contient une grande quantité d'eau, qui vit en étroite relation avec le climat, avec les lieux et le milieu, avec le rythme des jours et des saisons. C'est un être vivant, presqu'un animal.
 
A côté d'un grand savoir technique, il existe chez quelques auteurs du Moyen Âge un véritable discours humaniste concernant le bois.
Le bois l'emporte sur la pierre qui, comme lui est souvent associée au sacré mais qui représente une matière inerte, brutale et immuable. Il est frappant de constater que la plupart des superstitions médiévales mettent en scène des statues qui parlent, qui se déplacent, qui saignent, qui pleurent.
La véritable idéologie de la pierre ne date que de la fin du Moyen Âge. Jusque là, inlassablement, malgré les incendies qui se répètent sans cesse, on reconstruit en bois ce qui était en bois. Non seulement parce que cela demande moins de temps, moins d'efforts ou d'argent, mais aussi parce qu'il y a des objets des lieux et des usages qui sont faits pour le bois et d'autres pour la pierre.
Passer du bois à la pierre peut traduire une ambition politique, représenter un enjeu économique ou une réussite technologique, mais aussi exprimer une régression symbolique. Nous l'enseignent par exemple les curieuses légendes qui racontent comment telle ou telle statue de bois a été punie et transformée en pierre parce qu'elle ne rendait pas tous les services - cultuels ou prophylactiques que l'on était en droit d'attendre. Passer du bois à la pierre est ici pensé comme un châtiment, presque comme une condamnation à mort.
L'opposition entre le bois et le métal se traduit souvent par l'association de deux contraires : on prête en effet au bois la faculté d'atténuer la nocivité du métal, notamment du fer, le plus félon de tous les métaux. Sur plusieurs objets, outils ou instruments faits de bois et de métal (la hache, la bêche, la charrue), le fer est censé conservé ses vertus de force et d'efficacité tout en étant partiellement débarrassé, grâce au manche ou à la partie en bois, de ses aspects inquiétants. Le bois semble dompter le métal et légitimer son emploi.
La symbolique du bois se confond nécessairement avec celle de l'arbre qui le fournit. Cette dernière occupe une place importante dans la culture médiévale, même si elle innove assez peu par rapport à l'Antiquité. Dans toute la société rurale, il y a de bons et de mauvais arbres, des favorables et des néfastes, des arbres que l'on plante et des arbres que l'on coupe...
 
Illustration : L'homme arbre : Ces êtres végétaux qui s’élancent, verticaux, vers le ciel et qui tiennent à la terre, nous ressemblent. Il y a de l’homme dans l’arbre, comme il y a de l’arbre dans l’homme.
L'homme-arbre est l'une des inventions iconographiques les plus célèbres de Jérôme Bosch, qu'il a répété dans l'enfer du "Jardin des délices". Daté 1510-1516 (oeuvre tardive). Technique plume et encre brune. Conservé à l'Albertina, Vienne.
 
(Sources du texte : Symboles du Moyen Âge, Michel Pastoureau).

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