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LE BATTAGE DU GRAIN

Lorsque venait l’automne, les travaux des champs prenaient un nouveau rythme. Parmi eux, le battage du grain était l’un des plus importants. Il annonçait la fin des récoltes et le commencement d’une nouvelle période de l’année agricole.
Le jour de la Nativité de la Vierge Marie était traditionnellement consacré au début du battage. Mais, dès la veille au soir, les préparatifs commençaient avec le rite du « feu nouveau ».
Dans chaque chaumière, les feux étaient éteints. Les poêles et les bougies placées près des icônes demeuraient dans l’obscurité. Seules les lampes à huile de l’église continuaient de brûler. Les hommes mariés faisaient alors naître un feu nouveau en frottant l’un contre l’autre deux morceaux de bois, le plus souvent du tilleul et du chêne.
La flamme ainsi obtenue était précieusement transportée de maison en maison. Elle servait à rallumer les lampes et les foyers, comme pour donner un nouveau départ à la vie domestique. Le bétail était également fumigé avec ce feu, afin de le préserver des maladies et de protéger les troupeaux pour la saison à venir.
Au matin, le battage pouvait commencer.
Le bois destiné au séchage des gerbes avait été préparé bien avant. On choisissait de préférence l’aulne et le saule, dont la fumée était moins âcre et convenait mieux à cette tâche.
L’aire de battage, appelée « dolon », devait être soigneusement préparée. On en égalisait le sol avec de l’argile humide, que l’on lissait avec soin. En séchant, cette surface devenait dure et résistante, presque comme de la pierre.
Les gerbes, séchées pendant la nuit, étaient alors apportées dans la grange. Les jeunes gens se rassemblaient autour d’elles et, dans le bruit régulier des maillets, commençaient à séparer le grain de la paille.
Le travail était pénible, mais il était aussi attendu comme une fête. Les premiers batteurs invités recevaient une récompense, et chacun s’efforçait de montrer sa force et son adresse.
Lorsque le travail était terminé, on partageait le repas directement dans la grange. On préparait un porridge avec le grain fraîchement moulu, accompagné de beurre. Selon la coutume, l’hôte goûtait le premier plat, puis les jeunes gens mangeaient à leur tour.
Ainsi, le battage du grain réunissait le travail, la fête et la tradition. Dans le rythme des maillets, les chants et les repas partagés, toute la communauté célébrait le fruit de la récolte et l’entrée dans l’automne.
C’était un travail nécessaire, mais aussi un moment de transmission : les gestes, les rites et les coutumes se perpétuaient d’une génération à l’autre, faisant du battage bien plus qu’une simple tâche agricole.
(source Métiers d'autrefois) 
 
 

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