EPURES ASBL rend un avis défavorable sur le projet de lotissement de la rue de Hamme‑Mille, à Nethen, en pointant des risques hydrologiques, géotechniques et urbanistiques jugés incompatibles avec l’intérêt communal.
Rue de Hamme‑Mille à Nethen : pourquoi EPURES dit non au lotissement Jambon
EPURES ASBL a rendu un avis défavorable sur la demande de permis d’urbanisation déposée pour le projet de lotissement le long de la rue de Hamme‑Mille, à Nethen. Cet avis s’appuie sur l’analyse de l’ensemble du dossier rectifié (plans, études hydrologiques et géotechniques, prescriptions urbanistiques) et met en évidence une série de fragilités majeures : gestion des eaux, stabilité du site, mobilité, intégration urbanistique, typologie des logements et impact pour la commune.
Un site déjà sensible aux inondations
Premier point d’alerte : l’eau. Le projet est implanté sur un versant déjà connu pour ses problèmes de ruissellement et d’inondations en aval. Les essais de sol confirment un terrain peu perméable en surface et quasi imperméable en profondeur, ce qui impose un recours massif à des dispositifs techniques (voirie drainante, massifs infiltrants, noue, ouvrages cloisonnés) pour stocker et infiltrer l’eau de pluie.
Or, ces dispositifs restent insuffisamment démontrés. L’avis défavorable de la cellule régionale GISER a déjà pointé le caractère discutable de la gestion des eaux, le manque de clarté des prescriptions urbanistiques et l’historique d’inondation en aval. EPURES souligne en particulier que le dossier ne permet pas d’écarter de façon convaincante le risque d’érosion interne sous la future voirie, d’affouillement localisé, de migration des fines et d’érosion en tunnel dans le talus bordant la rue de Hamme‑Mille. Sans plans cotés précis ni note de stabilité spécifique, le principe de prévention devrait s’imposer.
Terre agricole ou lotissement drainant ?
L’association remet aussi en cause certaines comparaisons utilisées dans la note hydrologique entre le lotissement projeté, une prairie et un champ cultivé. Les calculs reposent sur des coefficients peu explicites et difficiles à reproduire, ce qui fragilise les conclusions présentées. Plus fondamentalement, EPURES rappelle qu’une parcelle agricole continue, même loin d’être parfaite, offre une infiltration diffuse et une capacité de stockage dans le sol que ne remplacent pas quelques ouvrages techniques ponctuels, dont la performance dépendra très fortement de l’exécution, de l’entretien et du non‑colmatage à long terme.
Les mouvements de terre prévus – environ 4 200 m³ de remblais sur 1,45 hectare, soit un relèvement moyen proche de 29 cm – modifieraient sensiblement la topographie. Ils augmenteraient les risques de ravinement, de coulées de boue et de colmatage des ouvrages, en phase de chantier comme après. Les massifs drainants dans les jardins, peu profonds et installés dans un sol peu perméable, fonctionnent surtout comme des volumes de stockage temporaires susceptibles de rester saturés et de perdre progressivement leur efficacité.
Un urbanisme peu économe en sol
Au‑delà de l’hydrologie, EPURES questionne la cohérence urbanistique du projet. Le plan masse montre une urbanisation linéaire organisée le long d’une contre‑voirie nouvelle, en retrait de la rue principale. Plutôt que de renforcer le noyau bâti existant, cette voirie parallèle crée un ruban de constructions détaché du village. L’argument de « renforcement de l’unité » en termes de gabarit et de typologie est jugé peu convaincant.
La typologie des logements pose également question : 11 lots destinés à des maisons unifamiliales, majoritairement isolées, dans un contexte où les enjeux communaux vont plutôt vers des formes d’habitat plus compactes, plus accessibles et plus économes en sol (logements groupés, intergénérationnels, sociaux). EPURES y voit surtout une opération de valorisation foncière classique, axée sur la création de lots privatifs davantage que sur une réponse équilibrée à l’intérêt général.
Mobilité et coûts pour la commune
Sur le plan de la mobilité, la nouvelle contre‑voirie communale à sens unique (4 m de large) est peu justifiée. La note justificative insiste sur la visibilité et la sécurité au droit de l’accès, mais ne propose aucune analyse détaillée des itinéraires réels, des demi‑tours induits ou des reports de circulation vers les rues voisines. EPURES craint que le fonctionnement du sens unique ne reporte une partie des flux sur des secteurs déjà sensibles, au détriment des riverains et des usagers faibles.
Enfin, l’association attire l’attention sur les charges futures pour la commune : une voirie communale supplémentaire à entretenir, avec des revêtements drainants plus exigeants, des impétrants, de l’éclairage public, des talus à gérer. Autrement dit, un coût collectif durable pour accompagner un projet dont les bénéfices sont principalement privés. La présence d’un lot maintenu en assainissement individuel, au lieu d’être raccordé au réseau collectif, est perçue comme un symptôme supplémentaire des limites du projet.
Un refus argumenté, une note disponible
Au vu de ces différents éléments – risques hydrologiques et géotechniques, urbanisation peu intégrée, typologie de logements peu adaptée, mobilité insuffisamment étudiée et charges publiques importantes – EPURES ASBL conclut que le projet ne présente pas les garanties nécessaires pour être accepté en l’état. L’association demande donc le refus du permis d’urbanisation.
La note complète d’EPURES, détaillant l’analyse des études de sol, de la note hydrologique, des plans de voirie et des prescriptions urbanistiques, est disponible sur notre site. Elle vise à nourrir le débat communal et citoyen autour de ce projet sensible pour Nethen et pour l’aval du bassin versant.