Le fossé enherbé en bordure de parcelle fait ce qu'aucune buse de drainage ne fait : il filtre, il ralentit et il abrite. Un fossé de 20 mètres de long laissé végétalisé capture les nitrates avant la rivière, freine le ruissellement avant l'inondation et héberge grenouilles, tritons et libellules à moins de dix mètres du champ.
Espèces qui colonisent un fossé enherbé français sans semis :
Reine-des-prés — floraison crémeuse parfumée de juin à août, fixe les berges par ses rhizomes denses, attire les pollinisateurs.
Salicaire commune — épis rose-magenta de juillet à septembre, résiste aux pieds dans l'eau permanente, visitée par les bourdons.
Menthe aquatique — couvre-sol de berge à floraison lilas en août, parfumée, colonise rapidement les zones humides.
Iris des marais — feuilles dressées qui structurent la berge, fleurs jaunes en mai, empêche l'érosion par ses rhizomes puissants.
Laîche des rives — touffes persistantes qui maintiennent la berge en hiver quand tout le reste a disparu, refuge hivernal pour les amphibiens.
Le fossé enherbé filtre entre 50 et 90 % des nitrates qui ruissellent depuis la parcelle cultivée adjacente — les racines et les micro-organismes de la zone racinaire transforment les nitrates en azote gazeux inoffensif avant qu'ils n'atteignent le cours d'eau. Un fossé curé mécaniquement chaque année perd cette capacité — il devient un tuyau à ciel ouvert qui accélère le transfert au lieu de le filtrer.
La grenouille agile et le triton palmé — deux espèces protégées — se reproduisent dans les fossés enherbés qui conservent de l'eau d'avril à juillet. Les libellules agrions y pondent dès le premier printemps. Le fossé enherbé est souvent le dernier point d'eau du paysage agricole intensif — celui qui maintient les amphibiens dans un rayon de plusieurs centaines de mètres.
Entretien : un seul curage partiel tous les trois à cinq ans, sur un seul côté à la fois, en automne — jamais les deux berges la même année, pour laisser un refuge intact à la faune. Coût : zéro. Le fossé se végétalise seul en une saison si on cesse de le faucher à ras.