Voilà une belle et intéressante publication éditée fin 2025 par le Centre des monuments nationaux, avec comme point de départ, l’incendie de Notre-Dame de Paris, le 15 avril 2019.
Ce drame a mis en lumière la vulnérabilité des cathédrales et, plus encore, de leurs charpentes pluriséculaires. Dès l’automne suivant cet incendie, l’État français a initié un vaste plan de mise en sécurité des 87 cathédrales lui appartenant, prévoyant notamment le cloisonnement ou le « recoupement » de leurs combles, ce compartimentage visant à limiter la propagation du feu. Pour garder mémoire de ces charpentes avant travaux de sécurisation, le ministère de la Culture a lancé une importante couverture photographique de ces espaces pour l’essentiel peu ou pas accessibles au public.
Je ne résiste pas à partager l’extrait d'un des textes, rédigé par Rémi Fromont - architecte en chef des monuments historiques en charge de la restauration de la Cathédrale Notre-Dame de Paris :
« (…) Les charpentes ne sont pas qu'un ouvrage technique, elles sont un ensemble architectonique, faisant partie d'un édifice. L'utilitas (l'usage) est la raison d'être des charpentes : elles portent la couverture, qui protège l'édifice des intempéries. La venustas (la beauté) est intrinsèquement liée à la firmitas (la solidité) : la valeur technique [de l’ensemble] doit être reconnue et préservée. (...) Restaurer c'est souvent le constat d'une perte. La restauration de Notre-Dame de Paris par Lassus et Viollet-le-Duc a été rendue nécessaire par des décennies d'incurie. Celle qui vient de s'achever a procédé d'un sinistre. Le manque d'entretien entre la fin de l'Ancien Régime et le Second Empire, puis l'incendie du 15 avril 2019 ont mené à des pertes irrémédiables. Dans les deux cas, il a fallu restaurer, reconstituer la matière patrimoniale, car il existait une lacune. Même si la restauration authentique est possible, il aurait bien sûr été préférable de conserver la matière ancienne : aujourd'hui, la meilleure restauration est peut-être celle qui n'existe pas… »