La désappropriation silencieuse des chemins ruraux en Wallonie : un enjeu citoyen à (re)découvrir
En Wallonie, le maillage de chemins et sentiers ruraux constitue un patrimoine précieux, à la fois pour la mobilité douce, la biodiversité et la mémoire collective. Pourtant, au fil des années, un phénomène discret mais persistant gagne du terrain : la désappropriation progressive de ces voies par le secteur agricole, souvent dans l’indifférence générale.
Une appropriation progressive et silencieuse
Au-delà des cas particuliers d’entraves physiques, d’usucapion (acquisition de propriété par possession prolongée) ou d’autres situations juridiques, c’est une véritable culture de désappropriation qui s’installe. Les chemins ruraux, jadis ouverts à tous, se retrouvent parfois annexés, labourés ou clôturés, réduisant l’accès du public. Ce processus se déroule sans heurts, sans grands conflits visibles, mais il est bien réel. Il est facilité par une forme d’inertie citoyenne : peu de riverains osent contester ces changements, souvent par méconnaissance de leurs droits ou par peur de tensions locales.
Un cadre légal encore trop méconnu
Pourtant, le législateur wallon n’est pas resté inactif. Le décret du 6 février 2014 vise à protéger et à encadrer l’utilisation des chemins et sentiers publics. Il impose des règles claires en matière de modification, déplacement ou suppression de ces voies. Cependant, dans la pratique, de nombreux litiges se règlent discrètement devant la justice de paix, loin du regard citoyen et sans publicité. Les atteintes à ces chemins restent donc souvent invisibles, échappant à la vigilance du grand public et à la mobilisation collective.
Un enjeu démocratique et environnemental
La question dépasse le simple cadre juridique. Elle touche à notre rapport au territoire, à la liberté de circuler, à la préservation des paysages et à la lutte contre l’artificialisation des sols. Les chemins ruraux sont des vecteurs de lien social, des corridors écologiques et des témoins de l’histoire locale. Leur disparition progressive appauvrit notre patrimoine commun.
Vers une mobilisation citoyenne ?
Face à ce constat, il est essentiel de sensibiliser les citoyens wallons à l’importance de ces chemins et sentiers. Il s’agit d’encourager la vigilance, de promouvoir la connaissance des droits et de favoriser le dialogue entre agriculteurs, riverains et pouvoirs publics. Des associations œuvrent déjà en ce sens, mais un débat public plus large s’impose.
Conclusion
La désappropriation silencieuse des chemins ruraux en Wallonie n’est pas une fatalité. Elle appelle à une prise de conscience collective et à une action concertée pour préserver ce patrimoine au bénéfice de tous. Car derrière chaque sentier disparu, c’est un peu de notre liberté, de notre histoire et de notre environnement qui s’efface
(Etaplocale Grez-Doiceau)