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JANDRAIN-JAUCHE :LE MONUMENT DU CORPS DE CAVALERIE

Le monument du Corps de Cavalerie, érigé entre Jandrain et Jauche, commémore un affrontement crucial de la Seconde Guerre mondiale souvent englobé dans la grande Bataille de Hannut. C'est ici que s'est déroulé le tout premier choc majeur de chars de l'histoire militaire moderne.

Le Contexte : Pourquoi des Français en Hesbaye ?

Le 10 mai 1940, l'Allemagne nazie envahit la Belgique. Pour les Alliés (Français et Britanniques), l'objectif est d'appliquer le Plan Dyle. Ce plan prévoit d'entrer en Belgique pour s'installer sur une ligne défensive allant d'Anvers à Namur.

Pour laisser le temps aux troupes d'infanterie françaises de se fortifier sur cette ligne (notamment dans la trouée de Gembloux), une unité d'élite est envoyée en avant-garde en Hesbaye : le Corps de Cavalerie français, commandé par le Général René Prioux. Composé des 2e et 3e Divisions Légères Mécaniques (DLM), il a pour mission de mener une action de retardement face aux colonnes de blindés allemands du général Höepner (les 3. et 4. Panzerdivisions).

Le Déroulement des Combats (12 - 14 mai 1940)

La bataille s'est jouée en deux temps forts dans la région de la Petite Gette.

 Le choc initial à Hannut (12-13 mai)

Les premiers affrontements de chars ont lieu autour de Hannut et Crehen. Les cavaliers français, équipés de chars Somua S35 (considérés comme d'excellents blindés à l'époque) et de Hotchkiss H35, surprennent les Allemands par leur puissance de feu. Le Somua S35 surclasse individuellement les blindés allemands Panzer I et II, et rivalise largement avec les Panzer III et IV. Cependant, les Français souffrent d'un manque cruel de liaisons radio entre leurs chars, contrairement aux tactiques de groupes mobiles (la Blitzkrieg) parfaitement rodées des Allemands.

 Le sacrifice de Jandrain et Jauche (13-14 mai)

Subissant la pression de la Luftwaffe (l'aviation allemande) et enveloppé par le nord et le sud, le Corps de Cavalerie se replie en bon ordre sur la ligne de la Petite Gette, qui passe par Jandrain, Jauche et Orp.

Le 13 mai après-midi, Jandrain devient le point focal d'un combat acharné. Les blindés du 2e RDP (Régiment de Dragons Portés) et du 11e Dragons tentent désespérément de bloquer la route aux colonnes allemandes. À court de munitions, encerclés, de nombreux équipages français se sacrifient sur place pour interdire le passage. Jauche tombe en fin de journée après d'intenses bombardements, mais la résistance opiniâtre des Français permet au gros des troupes alliées de se positionner efficacement plus à l'ouest.

Le Bilan Tactique : Bien que le Corps de Cavalerie ait dû battre en retraite après avoir perdu une grande partie de ses blindés, la mission est remplie. Prioux a réussi à bloquer les Panzer pendant près de quatre jours, permettant le déploiement de la 1ère Armée française qui remportera, juste après, la bataille de Gembloux (14-15 mai).

L'Origine et la Symbolique du Monument

Le monument que nous observons aujourd'hui sur la route nationale témoigne de la reconnaissance envers ces soldats (souvent originaires du nord de la France ou de régions cavalières) venus mourir sur le sol belge.

 Ce sont les associations d'anciens combattants français du Corps de Cavalerie, très marquées par la violence des combats en Hesbaye, qui décident de créer un lieu de mémoire après la guerre.

 L'œuvre est le fruit d'une collaboration belgo-française d'après-guerre. Le sculpteur namurois de renom Victor Demanet (connu pour ses statues monumentales et réalistes) s'est chargé des bronzes, tandis que l'architecte Émile Goddin a dessiné l'ensemble de l'esplanade.

La forme en fer à cheval rappelle subtilement les origines de la "Cavalerie", autrefois à cheval, devenue mécanique (blindée) en 1940.

L'allégorie de la France tenant l'épée et le bouclier symbolise l'effort défensif et le bouclier protecteur qu'ont représenté ces soldats pour la Belgique.

La tourelle de char et les obus disposés autour du site ancrent directement le mémorial dans la réalité matérielle de ce conflit mécanique.

Aujourd'hui, ce monument reste l'un des symboles les plus forts de la fraternité d'armes franco-belge dans la province du Brabant wallon.

Jean Flamme 

(sources diverses et locales pour texte et photo)

( à suivre : Le Général René Prioux )

 

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